Édito - Bien de première nécessité & bien pour l’éternité

Amis des Classiques, lisons !

κτῆμα ἐς αἰεί (Ktéma eis aiei) : un « bien pour toujours » ou, selon les traductions, un « trésor pour l’éternité », ainsi Thucydide qualifiait son livre. Nous aussi en ce moment nous sommes confrontés à la difficile question de hiérarchiser les biens. Le livre n’y figure pas. Voilà une triste exception française, scandaleuse et, pour faire un sourire (tant que cela est permis) avec Thucydide, un « mal pour toujours ». Le temps où les politiques mettaient un point d’honneur  à s’adresser aux citoyens devant leur bibliothèque est officiellement d’un autre siècle. Ce travail de sape, loin d’être ponctuel ou l’affaire d’un ou deux individus, témoigne du combat constant à mener pour les livres et la culture en général.

Dans son manifeste L’utilité de l’inutile, publié en 2013, best-seller humaniste pébliscité par le grand public et dont la réimpression paraît à la fin du mois, Nuccio Ordine posait la question : 

« Existe-t-il donc encore des dirigeants que pourraient émouvoir les mots employés par le cardinal Bessarion — dans sa lettre du 31 mai 1468 au doge Cristoforo Moro — au moment où il léguait son importante bibliothèque (482 volumes grecs et 264 volumes latins) à la cité de Venise?

Les livres sont pleins de paroles des sages, des exemples des anciens, des coutumes, des lois, de la religion. Ils vivent, ils discourent, ils nous parlent, ils nous enseignent, ils nous forment, ils nous consolent, ils nous rendent présentes, en les offrant à notre regard, des choses très éloignée de notre mémoire. Si grandes sont leur dignité, leur majesté et enfin leur sainteté que, si n’y avait pas de livres, nous serions tous grossiers et ignorants, sans aucun souvenir du passé, sans aucun exemple; nous n’aurions aucune connaissance des choses humaines et divines; la même urne qui accueille les corps effacerait aussi la mémoire des hommes. » (p.114-115)

Avant d’être entièrement transformés en animaux d’appartement par la gestion de l’épidémie, réduits à sortir tenus en laisse par une autorisation, Amis des Classiques, lisons : les livres sont nos trésors pour l’éternité !

La Guerre du PéloponnèseThucydide, La guerre du Péloponnèse, édition du centenaire

Jean Jaurès (1859-1914), en 1914. Albert Harlingue/Roger-Viollet

Jean Jaurès (1859-1914), en 1914. Albert Harlingue/Roger-Viollet

Charles de Gaulle, la conquête de l'histoire : exposition,1990, Bibliothèque nationale (Gallica)